L’étudiant travailleur : une situation alarmante

Si les formations en alternance contribuent à une meilleure insertion professionnelle des étudiants sur le marché du travail (cf. L’étudiant en entreprise, Lamy 2010), la question du travail salarié des étudiants invite aussi à la réflexion.

Un article récent de l’Insee (2009) démontre avec force l’impact du travail salarié des étudiants sur la réussite et la poursuite de leurs études. L’exercice d’une activité professionnelle en marge des études ou parallèle à celles-ci est une réalité que connaissent près de ¾ des étudiants (cf. Rapport CES, Le travail des étudiants, M. Laurent Bérail). Le « job » d’été pour financer une partie des vacances ou s’assurer un peu plus d’aisance pour l’année à venir ne pose guère de problème. Il n’en va pas de même pour les 400 000 étudiants (entre 15 et 20% d’entre eux !) devant travailler pendant leurs études pour en assurer le financement (Rapport CES précité).

« Le travail salarié des étudiants diminue fortement leur chance de réussite à l’examen de fin d’année »

En effet, l’étude de l’Insee révèle qu’un étudiant ayant une activité professionnelle, le plus souvent salariée à temps partiel, compromet sérieusement l’obtention du diplôme préparé ; le risque d’échec augmentant d’ailleurs en fonction de nombre d’heures hebdomadaires de travail. Ainsi, alors qu’en moyenne, le taux de réussite est de 63,4% pour la population observée, ce dernier passe à 55,8% lorsque l’étudiant cumule études et un contrat de travail l’occupant moins de 16 heures par semaine, et il s’effondre à 37,9% lorsque l’étudiant consacre plus de 16 heures par semaine à une activité professionnelle salariée.

En revanche, la même étude, précise « que le travail salarié n’affecte pas significativement la poursuite des études », à condition, est-on tenté de préciser, que l’étudiant ait validé son année…

Au demeurant, on soulignera encore, que la pauvreté économique touche fortement les jeunes puisque 23% des travailleurs de moins de 30 ans ont un revenu d’activité inférieur au seuil de pauvreté ce qui n’a rien d’étonnant puisque beaucoup travaillent à temps partiel (Cf. Observatoire Nationale de la Pauvreté et de l’Exclusion Sociale). Situation très alarmante donc d’autant que les étudiants de moins de 25 ans, affiliés au régime général de Sécurité sociale, ne peuvent pas, en principe, prétendre au bénéfice du Revenu de Solidarité active.

Précisément, notre société, dont on dit qu’elle sera celle de la connaissance, peut-elle encore faire l’impasse d’un effort de solidarité nationale à l’endroit de ceux qui demain en seront les forces vives ?